Ski de randonnée alpine

Il est parfois difficile d’identifier un seul élément ou tendance majeure qui se démarque dans la tempête annuelle de proposition d’équipement hivernal propre à la glisse. Cependant, un petit nouveau pointe le bout de la tuque (ou des spatules) depuis quelques saisons: le ski mountaineering, SkiMo pour les intimes, ski running et même Ski Alpinisme pour les autres.

 

Une combinaison des gestes de ski de fond, amalgame de techniques d’alpinisme et de ski alpin, ce nouveau venu dans les centres de ski du Québec a tout pour plaire aux skieurs à la recherche de nouveaux défis.

 

Du côté de l’équipement, à la manière de son proche parent -le ski de haute route ou «back country», on utilisera des skis avec carre de métal, assurant un meilleur contrôle lors des conditions durcies et glacées. À la différence du «back country», les ski sont plus étroits et le plus courts possible, en accord avec les règlements de la discipline, qui est chapeautée par le Comité International du Ski-Alpinisme de Compétition.

 

Les fixations, mobiles à l’arrière à la montée, permettent de grimper les pentes, avec l’aide de peaux de phoque. Alors qu’en télémark le talon est libre et mobile, la fixation spécifique du ski-alpinisme bloque au talon et on dévale les pentes comme en alpin.

 

Les bâtons seront typiquement en aluminium ou en carbone pour être le plus léger possible, leur taille pourra varier en fonction du style du skieur, mais s’apparente à celle que l’on choisirait en ski de fond classique.

 

Le choix de vêtements aura aussi un impact important sur le plaisir: il faudra choisir en fonction d’un maximum d’évacuation de la transpiration en montée et d’un blocage optimal du vent en descente.

 

Si la pratique traditionnelle du ski de haute route se veut ludique, exploratoire, voire contemplative, le SkiMo est une discipline qui se pratique essentiellement en compétition. Le Ski Mountaineering est au ski ce que le cyclocross est au cyclisme. Lors d’une course de Ski-Alpinisme, un parcours est déterminé avec des sections de grimpe, des transitions de course à pied (ou «bootpacking») et des descentes. Les participants enchaînent les sections et s’affrontent ainsi sur plusieurs niveau.

 

Évidemment, dans «Ski-Alpinisme», il y a le mot «Alpes» si les courses tenues en ces territoires sollicitent d’autant plus les notions d’alpinisme, ce n’est pas nécessairement le cas lors des compétitions ayant lieu dans les montagnes de chez nous. Le défi n’en n’est pas moindre, et on peut même y voir un certain avantage car les descentes ne durent pas trop longtemps quand les conditions ne sont pas à leur meilleur.

 

Certains iront chercher un avantage en montant, d’autres lors de la descente. C’est le cas d’un athlète bien connu dans la région : Patrick Lussier. Ayant pratique le ski alpin de haut niveau, il retire de son expérience en descente de grands bénéfices lors des compétitions. Pour lui, ce sport combine tous les éléments intéressants de l’hiver, en plus de faire en sorte que le froid ait un impact moins important sur le niveau de plaisir. En entrainement ou en course, vous ne gèlerez pas en attendant le prochain télésiège et vous pourrez faire l’ascension à votre rythme, en maintenant votre température corporelle idéale. Patrick sera d’ailleurs l’un des maîtres d’oeuvre du premier événement de l’année qui sera tenu au Mont Tremblant le 9 janvier 2016. (voir le calendrier SkiMo East pour les détails : www.skimoeast.com).

 

Pour démontrer la diversité étonnante de pratiquants pouvant être attirés par cette discipline en effervescence, on peut citer plusieurs convertis qui s’emballent à l’aube des premières neige. D’abord reconnue comme cycliste et pour ses talents en athlétisme, Lyne Bessette a été initiée très jeune au ski de fond par ses parents. Le mont Glen, en Estrie, lui a ensuite servi de quartier général pour pratiquer le ski alpin, mais pendant près de 20 ans, elle n’a presque pas vu la neige. Professionnelle sur la route, elle enchainait compétitions et camps d’entrainements là où il fait chaud, et de son propre aveu: elle n’avait plus besoin de poils sur les joues l’hiver!

 

À la recherche de nouveaux défi suite à sa carrière en cyclisme, elle relève le challenge de participer au Trail des Neiges au Mont Orford, qui consiste essentiellement à grimper les différents sommets de la montagne et de les redescendre le plus rapidement possible (http://www.enduranceaventure.com/index.php/fr/?option=com_content&view=article&id=1). Elle y utilisa son équipement de «backcountry», et l’expérience, bien qu’amusante, fut pénible et difficile (l’ami qui lui avait lancer le défi l’avait battue). La graine était semée. L’année suivante, elle prend sa revanche avec un équipement approprié (et beaucoup plus léger) et remporte la course, enfonçant l’hameçon plus en profondeur: une nouvelle passion était née. L’importance du matériel est non négligeable, comme en vélo ou en course à pied, on veut avoir les roues ou les chaussures les plus légère pour pouvoir performer à son maximum, chaque petits grammes en surplus étant déplacé à des milliers de reprises.

 

De l’avis de tous les gens consultés, l’aspect très cardiovasculaire et dynamique de la pratique du «SkiMo», combiné à l’aspect grisant de la glisse, qui suit immanquablement la montée, est ce qui rend ce sport si attrayant. L’ajout des transition de course et l’aspect technique de ces même transition (un peu comme pour le triathlon olympique) augmente d’autant plus le défi et le plaisir qu’ils ont à faire des courses et des entrainements.

 

L’organisme Skimo East est un Organisme Sans But Lucratif qui a comme mission le développement de Skimo dans le Nord-East de l’Amérique de Nord. En collaboration avec les stations de skis, ces fondateurs veulent donner l’accessibilité à la pratique du sport, créer des événements et journées de démonstration. La station du Mont Avalanche à Saint Adolphe d’Howard est d’ailleurs en préparation pour accueillir les pratiquant dans des parcours d’entrainement spécifique. Dans le même ordre d’idée, et pour la première fois cette année, Skimo East travaille à la mise en place d’un championnat regroupant près d’une dizaine d’événements qui se dérouleront dans plusieurs centres de la province et du nord des États Unis.

 

Le Ski Running, Ski Mountaineering, Ski Alpinisme, SkiMo, et tant d’appellations différentes pour un même sport qui couvre tous les terrains. Alors à ceux qui seraient tentés par l’aventure, surveillez les dates pour les démonstrations et essais, dézippez votre coupe-vent et partez vers de nouveaux sommets!

 

Merci à Jeff Rivest de la compagnie Dynafit, pour les références ayant servie à l’élaboration de cette chronique.